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13/11/2009

La thérapie génique marque un point contre l'ALD

MALADIE GÉNÉTIQUE

La thérapie génique marque un point contre l'ALD

NOUVELOBS.COM | 05.11.2009 | 22:54

Deux enfants atteints d’une grave maladie cérébrale, l’adrénoleucodystrophie (ALD), ont été traités par thérapie génique, une première réalisée par des chercheurs et des médecins français.

Des cellules souches de la moelle osseuse de l'un des patients après traitement: les points rouges trahissent la présence de la protéine corrigée.

Des cellules souches de la moelle osseuse de l'un des patients après traitement: les points rouges trahissent la présence de la protéine corrigée. (Patrick Aubourg)

Pour la première fois, une maladie neurologique mortelle a été ralentie grâce à un protocole combinant thérapie génique et thérapie cellulaire, annoncent Patrick Aubourg, Nathalie Cartier (Inserm, Université Paris Descartes) et leurs collègues dans la revue Science publiée ce vendredi. Près de trois ans après, la progression de la maladie a été ralentie et aucun effet secondaire n’a été observé.

Dans le cadre d’un essai restreint, deux enfants atteints d’adrénoleucodystrophie (ALD), suivis dans le service du Pr Aubourg à Saint-Vincent de Paul (Paris), ont bénéficié de ce traitement innovant. Ils souffraient d’une forme cérébrale d’ALD, maladie génétique héréditaire qui touche les jeunes garçons entre 5 et 12 ans. Une protéine défectueuse entraîne une destruction de la myéline dans le système nerveux central, la myéline étant cette gaine qui entoure les nerfs, les protège et transmet l’influx nerveux. A terme, les patients souffrent de démence, de problèmes moteurs et la maladie évolue vers la mort.

Le seul traitement possible à l’heure actuelle contre l’ALD est la greffe de moelle osseuse, mais trouver un donneur compatible n’est pas toujours possible. Et la greffe peut échouer. C’est pour cela que l’équipe de Patrick Aubourg et Nathalie Cartier ont mis au point une technique utilisant les propres cellules des patients.

Vecteur innovant


Après avoir prélevé les cellules souches de la moelle osseuse, les chercheurs ont inséré un gène correcteur. Pour cela ils ont utilisé un vecteur viral dérivé du VIH : ce lentivirus rendu inoffensif possède un ARN qui s’insère dans le génome de la cellule visée. Cette aptitude, redoutable pour un pathogène, est très intéressante pour la thérapie génique. En l’occurrence, l’objectif était que le gène correcteur se place sur le chromosome X, là où réside le gène défectueux responsable de l’ALD. C’est la première fois qu’un tel vecteur viral est utilisé avec succès chez l’humain.

Comme pour une greffe de moelle, les chercheurs ont détruit la moelle osseuse des deux patients avant de transférer les cellules souches corrigées. Deux ans après, la bonne version de la protéine était toujours présente dans le système nerveux des deux enfants. Leur état est comparable à celui des patients qui bénéficient d’une greffe classique de moelle osseuse, relatent les chercheurs.

L’analyse des cellules corrigées, réalisée par l’équipe de Christof Van Kalle en Allemagne (Heidelberg), n’a pour l’instant révélé aucun effet délétère de cette insertion dans le chromosome X. Au cours d’un autre essai de thérapie génique mené par le Pr Alain Fischer (hôpital Necker, Paris) contre le déficit immunitaire sévère, des cas de leucémies se sont déclarés chez certains enfants.

Ces travaux, qui devront être confirmés sur un plus grand nombre de patients, ouvrent des pistes thérapeutiques pour l’ALD cérébrale, qui concerne surtout les enfants, mais aussi pour la forme adulte (qui touche la moelle épinière). D’autres maladies du sang, comme la drépanocytose ou la thalassémie, pourraient aussi faire l’objet de thérapies correctrices similaires.

Ces recherches ont été en partie financées par l’association ELA, qui réunit des familles atteintes par l’ALD, et par l’AFM, organisatrice du Téléthon.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com

05/11/09

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